Des chercheurs du MIT proposent une nouvelle méthode, fondée sur la détection de neutrons invisibles, pour repérer sans incident diplomatique des armes nucléaires dissimulées à bord de satellites adverses.
La menace relevait encore de la science-fiction il y a quelques années. Elle s’impose désormais comme une préoccupation sérieuse pour les experts en sécurité stratégique, à mesure que les tensions géopolitiques s’intensifient : un État pourrait-il placer discrètement une arme nucléaire en orbite terrestre ?
Ce scénario apparaît d’autant plus crédible que, dès 1962 déjà, les États-Unis avaient fait exploser une bombe atomique à 400 kilomètres au-dessus du Pacifique, lors de l’essai Starfish Prime. En quelques mois, cette détonation avait provoqué la mise hors service d’environ un tiers des satellites alors en orbite basse.
Le choc provoqué par cet épisode a largement contribué à la signature, en 1967, du Traité sur l’espace extra-atmosphérique, qui interdit le déploiement d’armes de destruction massive au-delà de l’atmosphère terrestre.
Le caractère pernicieux de la menace tient à la nature même des armes nucléaires en veille. Contrairement à une centrale en activité, une ogive stockée n’émet qu’un niveau de radiation extrêmement faible. Il faudrait s’en approcher à moins de cinquante mètres pour espérer détecter un signal.
Une signature radioactive traquée à distance
Une solution existe, dite d’interrogation active, qui consiste à irradier volontairement le satellite suspect afin de déclencher une réaction mesurable. Mais cette méthode est jugée risquée sur le plan diplomatique, car elle pourrait être perçue comme une attaque.
Une étude publiée cette semaine dans la revue Nature, menée par le chercheur Areg Danagoulian du Massachusetts Institute of Technology (MIT), propose toutefois une approche entièrement passive, fondée sur un phénomène physique déjà présent dans l’environnement spatial.
Le dispositif envisagé prend la forme d’un mini-satellite espion, de la taille d’une boîte à chaussures, placé à quelques kilomètres sous l’engin suspect afin de distinguer les neutrons qu’il émettrait de ceux, beaucoup plus nombreux, provenant de l’atmosphère terrestre.
La ceinture de radiations de Van Allen, qui entoure la planète, contient en effet des protons de très haute énergie piégés par le champ magnétique. Lorsqu’ils entrent en collision avec l’uranium d’une ogive thermonucléaire, ils fragmentent les noyaux atomiques, un processus suffisamment énergétique pour dépasser la force de liaison nucléaire.
Des résultats prometteurs, mais encore incertains
Ces interactions libèrent un flux important de neutrons, pouvant atteindre plusieurs millions par seconde selon les estimations. Si le capteur enregistre un signal statistiquement significatif en provenance du satellite ciblé, cela indiquerait la présence probable d’une charge nucléaire.
L’étude évoque des délais de détection variables selon la configuration. Avec un ou deux engins positionnés à plusieurs kilomètres, environ une semaine d’observation serait nécessaire.
En réduisant la distance à un kilomètre, ou en déployant une constellation d’une dizaine de satellites, ce délai pourrait tomber à une heure. Reste que la distance acceptable sur le plan politique demeure incertaine, comme le reconnaissent les chercheurs.
Interrogé sur le risque de faux positifs dans un environnement spatial saturé de particules, le scientifique du MIT estime, sur la base de simulations, cette probabilité inférieure à 1%. Il souligne toutefois qu’une validation opérationnelle nécessiterait de croiser plusieurs méthodes de détection.
