Le moteur de recherche emblématique des années 1990 a cessé ses activités. Pionnier du questionnement en langage naturel, Ask.com n’aura pas survécu à la domination de Google.
Depuis le 1er mai, une page s’est définitivement tournée dans le livre d’histoire de la recherche sur Internet. Ask.com (anciennement Ask Jeeves), qui comptait parmi les destinations les plus reconnaissables du web primitif, a tiré sa révérence.
Cette disparition met un terme à plusieurs décennies marquées par une ambition pionnière : celle de permettre aux internautes de formuler leurs requêtes en langage naturel, plutôt que de se limiter à de simples mots-clés.
Fondé en 1996 à Berkeley, en Californie, par Garrett Gruener et David Warthen, le service s’est d’abord illustré avec une mascotte de majordome nommée Jeeves. Inspiré du célèbre valet des romans de P.G. Wodehouse, ce personnage proposait des réponses aux questions des utilisateurs, à la manière d’un moteur de recherche.
À une époque où ses concurrents — AltaVista, Lycos ou encore Yahoo — privilégiaient une approche basée sur les mots-clés, Ask Jeeves introduisait une dimension conversationnelle qui préfigurait, d’une certaine façon, les assistants vocaux et les agents conversationnels propulsés par l’intelligence artificielle actuels.
Un déclin progressif face à la domination de Google
Le concept a rencontré un réel succès. En 2000, Ask Jeeves figurait parmi les sites les plus visités au monde, et son introduction en Bourse s’est imposée comme l’un des symboles de la bulle internet. Mais cet engouement n’a pas résisté à l’ascension d’un rival – Google en l’occurrence – qui se révélera plus performant.
Lancé en 1998, le moteur de recherche de Mountain View s’est rapidement imposé grâce à son algorithme PageRank et à sa rapidité, reléguant progressivement Ask Jeeves, puis Ask.com, à l’arrière-plan. IAC, la holding qui a racheté Ask Jeeves en 2005, a rapidement abandonné la référence à « Jeeves » et, dès 2010, revu à la baisse ses ambitions dans la recherche pour se recentrer sur un format de questions-réponses.
Cette même année, lors de la conférence TechCrunch Disrupt, le président d’IAC, Barry Diller, reconnaissait publiquement qu’Ask.com n’était plus en mesure de rivaliser avec Google et que la plateforme n’apportait plus de valeur significative au groupe.
L’ironie d’une vision trop en avance ?
En 2010, IAC a mis fin à sa technologie de recherche interne et externalisé ses résultats vers des partenaires, tout en se séparant d’une grande partie de ses ingénieurs. D’une audience encore estimée à 245 millions de visiteurs mensuels à l’époque, la part de marché mondiale d’Ask.com est tombée sous les 0,1% en 2025.
Entre-temps, le site a survécu plus d’une décennie sans innovation majeure, éclipsé par des moteurs plus performants et par l’essor de l’usage mobile.
La disparition d’Ask.com intervient alors que les assistants conversationnels dopés à l’intelligence artificielle — ChatGPT, Claude ou Gemini — dominent désormais les débats sur l’avenir de la recherche en ligne. Pour certains, cette trajectoire illustre l’ironie d’une intuition visionnaire apparue trop tôt.
