Manus : Pékin coupe le deal à deux milliards de Meta

Pékin ordonne l’annulation du rachat, par le géant américain, de la start-up d’IA agentique, au nom de la souveraineté technologique nationale. L’intervention fait naître plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Rebelote. Alors que beaucoup pensaient l’acquisition de Manus par Meta définitivement bouclée, Pékin est venu rebattre les cartes. La Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC), principal bras économique de l’État chinois, a ordonné le 27 avril l’annulation pure et simple de la transaction.

L’opération, évaluée à deux milliards de dollars, se retrouve ainsi dans l’impasse. C’est la première fois que la Chine utilise son dispositif de contrôle des investissements étrangers pour exiger rétroactivement le démantèlement d’un deal déjà conclu.

Engagé dans une guerre technologique ouverte avec Washington, Pékin voit manifestement en Manus un actif stratégique. La startup, fondée par des entrepreneurs chinois avant d’être réincorporée à Singapour l’an dernier, ne se limite pas à un simple modèle de langage répondant à des questions comme ChatGPT, Claude ou Gemini.

Un atout de premier plan

Manus se présente comme un agent d’IA généraliste capable, à partir d’une seule instruction, de décomposer une tâche en dizaines d’étapes, de naviguer de manière autonome sur le web, d’exécuter du code, de remplir des formulaires et de livrer un résultat complet sans intervention humaine.

Sur le benchmark GAIA, référence pour mesurer les capacités dites « agentiques », Manus obtient un score de 86,5% sur les tâches de base, contre 74,3% pour l’agent Deep Research d’OpenAI, et domine également ses concurrents sur les exercices les plus complexes.

Selon Matt Bloxham, analyste chez Bloomberg Intelligence, « le monde évolue très rapidement vers l’IA agentique comme prochaine étape technologique à court terme », ce qui en fait un terrain d’acquisition stratégique pour les grandes plateformes américaines.

Meta, qui cherche à renforcer ses positions sur ce segment face à OpenAI, Google et d’autres rivaux, voyait dans Manus un atout de premier plan.

Un signal géopolitique majeur

C’était sans compter sur la volonté de Pékin de ne pas offrir à un groupe américain l’accès à une technologie d’IA jugée sensible, développée par des ressortissants chinois, malgré le transfert du siège à Singapour. Une manœuvre interprétée par nombre d’analystes comme une tentative d’anticiper la tempête réglementaire.

L’injonction de démantèlement se heurte toutefois à trois obstacles pratiquement insolubles. D’abord, les deux milliards de dollars issus de la vente ont déjà été versés aux investisseurs — parmi lesquels des fonds chinois comme Tencent et Gen Fund, mais aussi le californien Benchmark — qui n’ont, à ce stade, aucune obligation juridique de rembourser des montants encaissés.

Ensuite, depuis janvier 2026, les équipes d’ingénierie de Meta ont intégré le code de Manus dans leurs propres plateformes. Dans ces conditions, distinguer ce qui relevait initialement de la start‑up de ce qui appartient désormais à Meta relève quasiment de la mission impossible sur le plan technique.

Enfin, la centaine d’ingénieurs de Manus, relocalisés à Singapour, travaillent depuis plusieurs mois comme salariés à part entière de Meta. Reste que le maintien des fondateurs de Manus sous le coup d’une interdiction de quitter le territoire chinois constitue un levier de pression supplémentaire pour Pékin.

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