Hugging Face dans l’escarcelle de Nvidia

L’entreprise par excellence de l’IA open-source va être rachetée par le géant des processeurs. Ce mouvement illustre, selon plusieurs observateurs, l’ambition de ce dernier de dominer toute la chaîne de l’intelligence artificielle.

Les négociations ont peut-être pris du temps, mais Nvidia a fini par obtenir gain de cause. L’entreprise spécialisée dans les puces graphiques a annoncé, le 3 septembre dernier, être parvenue à un accord pour l’acquisition de Hugging Face.

Si vous n’avez jamais entendu parler de cette start-up, c’est probablement parce que vous n’appartenez pas à l’écosystème des développeurs, des ingénieurs en machine learning et autres data scientists.

Créée en 2016 à New York, la société, dont le nom s’inspire de l’émoji jaune souriant, se présente aujourd’hui comme la plateforme privilégiée de l’intelligence artificielle ouverte, ou open-source, comme on le dit dans le jargon consacré.

Mais avant cela, les trois Français à l’origine du projet – Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf – avaient pour ambition de concevoir une sorte d’ami virtuel destiné aux adolescents, sous la forme d’un chatbot. Une sorte de ChatGPT avant l’heure.

Près de 13 milliards de dollars

La société met désormais à disposition des outils permettant de partager, de modifier et d’utiliser des modèles d’intelligence artificielle. Les utilisateurs de la plateforme peuvent ainsi télécharger, analyser et adapter ces modèles selon leurs propres besoins.

En quelques années, Hugging Face est devenue incontournable dans son domaine. La plateforme compte plus de deux millions de références d’IA, 18 millions d’utilisateurs et génère environ 100 millions de dollars de revenus par an, selon Ouest-France.

Suffisant pour justifier les 12,9 milliards de dollars que Nvidia va débourser pour son acquisition, soit près de 130 fois le chiffre d’affaires de la jeune pousse new-yorkaise ? Il faut toutefois savoir qu’il s’agit d’une goutte d’eau pour le groupe dirigé par Jensen Huang, qui revendique 96,2 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur un seul trimestre.

Mais le jeu en vaut également la chandelle. En effet, chaque jour, Hugging Face voit quels modèles sont téléchargés, à quelle vitesse ils progressent et, de plus en plus, sur quels matériels ils sont utilisés.

Une emprise en expansion

Cela représente un flux d’informations en temps réel sur les standards que l’ensemble du secteur de l’intelligence artificielle est susceptible d’adopter.

Pour un groupe comme Nvidia, qui commercialise désormais une nouvelle génération de puces environ chaque année, savoir, par exemple, quelles architectures gagnent du terrain six mois avant qu’un concurrent puisse le déduire de l’extérieur change la donne.

Cela représente une valeur bien réelle, même s’il est impossible de la chiffrer précisément. Concrètement, plus il existe de modèles d’intelligence artificielle accessibles et personnalisables, plus les entreprises et les développeurs peuvent créer leurs propres applications.

Pour ce faire, les besoins en puissance de calcul vont se révéler plus importants. De quoi renforcer le positionnement de Nvidia dans la fourniture de puces. En résumé, Jensen Huang et son équipe fournissent déjà une grande partie des routes sur lesquelles circule l’IA. Hugging Face est le carrefour où les développeurs choisissent leur voie. Cette acquisition fournirait à Nvidia le panneau de signalisation placé à ce carrefour, pour reprendre la métaphore de Greyhound Research.

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