Une nouvelle enquête met au jour un mécanisme financier d’une ampleur inédite, conçu pour alimenter la course mondiale de nombreux géants de la Silicon Valley vers l’intelligence artificielle. Une véritable bombe à retardement, selon certains.
La course à l’IA, un miroir aux alouettes ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que les sacrifices financiers de cette nouvelle ruée technologique sont colossaux. À tel point que de nombreux acteurs américains de la tech de premier plan recourent à des artifices comptables pour l’alimenter.
Selon une enquête de Nikkei Asia, fondée sur le dépouillement de documents déposés auprès de la SEC — le gendarme américain de la Bourse —, les engagements hors bilan combinés d’Alphabet, de Microsoft, d’Amazon, de Meta et d’Oracle sont passés d’environ 200 milliards de dollars en 2022 à 1 650 milliards aujourd’hui, soit une multiplication par huit en quatre ans.
Derrière ce montant se cache l’appétit de plus en plus vorace de l’intelligence artificielle en puissance de calcul et en data centers, entre autres, le tout nécessitant toujours plus d’argent. La dette officielle de Meta s’élève ainsi à 58 milliards de dollars, contre 420 milliards d’engagements hors bilan.
Le montage des « special purpose vehicles »
Son projet Hyperion, en Louisiane, pourrait atteindre 250 milliards de dollars de dépenses cumulées, mais l’entreprise de Mark Zuckerberg n’en détenant que 20%, l’opération reste invisible pour les marchés.
Microsoft a dépensé 34 milliards de dollars sur un seul trimestre, davantage que le budget annuel de la NASA, tandis qu’Oracle, avec un ratio dette/capital supérieur à 80%, s’est engagé à hauteur de 38 milliards de dollars dans un accord unique avec OpenAI.
D’aucuns parlent de « financement circulaire ». Concrètement, Nvidia investit dans des start-up d’IA qui utilisent ensuite ces fonds pour acheter des puces Nvidia, gonflant artificiellement l’apparence d’une croissance de la demande.
Plutôt que d’emprunter directement, des groupes comme Meta s’associent à des sociétés de crédit privé telles que Blue Owl Capital via des structures ad hoc, les « special purpose vehicles » (SPV).
Un risque qui dépasse la Silicon Valley
C’est cette dernière qui contracte la dette et construit le centre de données, quand l’entreprise technologique se contente de signer un bail. Sur le plan comptable, cet engagement n’est pas qualifié de dette, mais de simple « commitment ».
The Atlantic qualifie le phénomène de mécanisme à mille milliards de dollars, tandis que Bloomberg averti que la frénésie de dépenses des géants de la tech ravivait des dispositifs comptables comparables à ceux qui avaient fait tomber Enron en 2001.
Le risque le plus sous-estimé, selon l’enquête, tient à l’obsolescence rapide des équipements. Les centres de données sont financés par des baux et des obligations sur vingt ans, alors que les puces Nvidia qu’ils abritent deviennent obsolètes en dix-huit à trente-six mois.
Cet écart de durée pourrait masquer jusqu’à 176 milliards de dollars de charges cachées, selon certains spécialistes. De quoi faire des profits records actuellement affichés par certains groupes un simple mirage comptable.
